Pour les proches
Mon conjoint est accro aux paris sportifs : que faire ?
Les mensonges sur l’argent, le téléphone toujours à la main pendant les matchs, l’humeur qui dépend d’un score… Voici comment réagir sans vous épuiser.
Il dit qu’il a « juste mis 10 € sur le match ». Mais le compte joint baisse plus vite que prévu, il s’enferme aux toilettes avec son téléphone à la mi-temps, et une défaite de son équipe gâche la soirée entière. Vous sentez que quelque chose cloche, sans savoir comment en parler.
Vous n’êtes pas seule ni seul dans ce cas, et vous n’êtes pas responsable de son jeu. En revanche, vous pouvez faire beaucoup pour vous protéger, protéger le foyer, et rendre la sortie possible le jour où il sera prêt.
Les signes qui doivent vous alerter
Un pari de temps en temps n’est pas un problème. Ce qui doit alerter, c’est l’accumulation :
- L’argent qui fuit : découverts inhabituels, épargne qui fond, retraits ou virements inexpliqués, factures en retard.
- Les mensonges sur les montants, sur les comptes ouverts, sur le temps passé à parier.
- Les emprunts auprès de la famille, des amis, ou des crédits que vous découvrez après coup.
- L’humeur suspendue aux résultats : euphorie après un gain, colère ou abattement après une perte.
- « Se refaire » : miser davantage pour rattraper ce qui a été perdu.
- Le téléphone omniprésent pendant les matchs, les repas, la nuit.
Pour y voir plus clair, l’ANJ propose un test anonyme sur Evalujeu que vous pouvez remplir en vous mettant à sa place, au mieux de ce que vous savez. Ce n’est pas un diagnostic, mais un point de départ.
Ce qui aide vraiment
Parler au bon moment
Pas en pleine dispute, pas juste après une perte, pas un soir de match. Choisissez un moment calme et parlez de ce que vous observez et ressentez, plutôt que de lui coller une étiquette. « J’ai vu que l’épargne avait baissé de 600 €, ça m’inquiète » passe mieux que « tu es accro ». Nous détaillons les mots qui ouvrent la discussion dans notre guide comment parler à un proche qui parie trop.
Protéger l’argent du foyer, tout de suite
Même si la discussion n’avance pas, vous pouvez mettre le foyer à l’abri : vérifier les comptes, séparer une partie de l’argent, sécuriser vos moyens de paiement. C’est l’objet de notre guide sur les dettes de jeu d’un proche.
Poser des limites claires
Une limite n’est pas une punition. C’est ce que vous acceptez ou non : « Je ne prête plus d’argent », « Je ne rembourse pas les dettes de jeu », « Le loyer et les courses passent avant tout ». Annoncez-la calmement, une fois, puis tenez-la.
Proposer des outils concrets
S’il accepte d’essayer, les premiers pas sont simples : supprimer les applis, s’auto-exclure des sites, ou demander une interdiction volontaire de jeux auprès de l’ANJ. Cette démarche, il doit la faire lui-même : un proche ne peut pas la demander à sa place. Vous pouvez en revanche être à côté pendant qu’il remplit le formulaire. L’application gratuite Zéro Mise l’aide ensuite à compter ses jours sans pari et l’argent gardé.
Ce qui fait souvent plus de mal que de bien
- Payer ses dettes à sa place, sans cadre : le soulagement est immédiat, mais le cycle repart souvent.
- Fouiller, surveiller, contrôler en permanence : vous vous épuisez, et la confiance se dégrade des deux côtés.
- Les ultimatums que vous ne tiendrez pas : ils perdent leur poids dès la deuxième fois.
- Garder le secret vis-à-vis de tout le monde : l’isolement pèse lourd, sur vous comme sur lui.
Penser à vous, et aux enfants
Vivre avec un joueur, c’est souvent vivre avec l’angoisse des fins de mois, la méfiance et la fatigue. Joueurs Info Service consacre toute une rubrique à l’entourage et propose un forum où des proches partagent leur expérience. Certains CSAPA et associations ont aussi des groupes de parole pour l’entourage.
Si vous avez des enfants, protégez leur quotidien en priorité : budget des courses, de la cantine et des activités mis à part, et des explications simples, adaptées à leur âge, sans leur faire porter le problème. Ce n’est pas à eux de garder le secret.
Vous aussi, vous avez le droit d’être aidé
Joueurs Info Service répond aussi aux proches, anonymement et sans surcoût, 7j/7 de 8 h à 2 h :
09 74 75 13 13SOS Joueurs conseille également l’entourage : 09 69 39 55 12.
Questions fréquentes
Comment savoir si mon conjoint est addict aux paris sportifs ?
Seul un professionnel peut poser un diagnostic. Certains signes doivent alerter : argent qui disparaît, mensonges sur les montants, emprunts, irritabilité les jours de match, mises pour « se refaire ». Le test Evalujeu de l’ANJ peut être rempli en se mettant à la place du joueur.
Puis-je inscrire mon conjoint au fichier des interdits de jeux ?
Non. L’interdiction volontaire de jeux est une démarche strictement personnelle : seule la personne concernée peut la demander, sauf tutelle. Vous pouvez en revanche l’encourager et l’accompagner pendant la démarche.
Faut-il payer ses dettes de jeu pour l’aider ?
Rembourser à sa place soulage sur le moment mais risque d’entretenir le cycle. Mieux vaut poser un cadre clair, protéger l’argent du foyer et l’orienter vers une aide, y compris pour gérer les dettes.
Et s’il refuse d’arrêter ?
Vous ne pouvez pas décider à sa place. Vous pouvez dire ce que vous vivez, poser des limites, protéger vos finances et vous faire aider vous-même. Joueurs Info Service conseille aussi de s’appuyer sur d’autres proches ou des professionnels.
Sources
- Joueurs Info Service, « Le jeu et vos proches » : joueurs-info-service.fr
- Joueurs Info Service, « Il ne veut pas arrêter, qu’est-ce que je peux faire ? » : joueurs-info-service.fr
- ANJ, « Un proche commence à perdre le contrôle de son jeu » : anj.fr
- ANJ, interdiction de jeux pour un proche : anj.fr
- Evalujeu, « Accompagner et dialoguer avec le joueur » : evalujeu.fr
Cet article donne des repères pratiques. Il ne remplace pas l’avis d’un professionnel.